Télétravail : « Nous aurons une hyper-compétition pour les collaborateurs »
Desk
Par Julian Domercq
Mis à jour le 11/03/2026

Télétravail : « Nous aurons une hyper-compétition pour les collaborateurs »

Pierre Alzingre est expert de l’innovation et fondateur de l’agence Visionari, qui accompagne plus de 800 créateurs, startups, TPE et PME par an. Il livre ici sa vision d’un monde du travail en profonde mutation, de l’émergence du télétravail en Europe, et des défis à relever. Entretien.


Quelles sont les perspectives pour le télétravail en France ?

Il y a eu trois phases de télétravail. Une phase contrainte, légalement et sanitairement, pendant laquelle nous avons été obligés de rester chez nous. Une deuxième phase, avec :

  • D’un côté des entreprises totalement libérées, et notamment le modèle « full remote » qui est arrivé dans nos start-ups et dans l’économie de l’innovation.
  • De l’autre, dans l’économie classique, des coups de pieds au derrière aux salariés qui voulaient poursuivre le télétravail.

On est dans une troisième phase, dans laquelle le télétravail devient une des conditions de travail demandée par les salariés et acceptée par les patrons. Cela va faire partie des conditions des « Great places to work ». Le télétravail est une liberté donnée au salarié d’avoir une semaine plus cool en charge mentale, et plus économe en frais de transport, avec un prix de l’énergie important. C’est donc redonner de la liberté et donner du pouvoir d’achat au salarié, il ne faut pas l’oublier.

Avec cependant la critique du 100 % télétravail. Le fait de se croiser dans les couloirs, de se parler pour de vrai, on a besoin de ça pour développer un esprit d’entreprise. Quand on partage des valeurs, ou tout simplement quand on se croise, il y a des idées et de l’amélioration continue en marche. En travaillant au quotidien à distance, je pense que l’on rate l’essentiel qui est l’émotion partagée.

Il y a aussi quelque chose qui va radicalement changer la donne : c’est l’arrivée des outils d’intelligence artificielle, que l’on a vu exploser. On entre de plain-pied dans une nouvelle société du travail, dans laquelle sans valeur ajoutée par rapport à la machine, il y aura peu de perspectives.

Je pense qu’à terme il y aura une concentration en deux blocs. D’un côté, ce que la machine ne peut pas faire : le manuel, l’artistique… Et d’un autre la décision, qui demande l’émotion, l’intuition, la sensibilité que la machine n’a pas encore. Au milieu, pour ceux qui aujourd’hui surveillent de la donnée, on va inventer de nouveaux métiers.

Pourquoi les entreprises s’engagent dans cette transformation ?

L’entreprise ne peut pas faire autrement, car le concurrent le fera.

On aime bien en France avoir la main, maîtriser. Je parlais avec de jeunes restaurateurs trentenaires ; ils ne comprennent pas que des jeunes les plantent du jour au lendemain. Pour eux, la valeur travail représentait quelque chose. Aujourd’hui, il y a l’envie de travailler pour se réaliser soi-même et être utile… Il faut retravailler avant tout la mission des entreprises, et ne pas en faire trop sur la vision, cette raison d’être qui n’est pas une obligation pour chaque organisation.

Je pense que demain, il faudra former les chefs d’entreprise à donner un sens au travail, s’ils veulent garder les talents avec eux. La valeur travail innée se perd car nous sommes dans une société du loisir. Donnez-moi envie de travailler en me disant pourquoi je le fais, et donnez-moi la possibilité de me réaliser pleinement, dans un format qui respecte mon rythme de vie.

Je viens d’une génération où l’on ne se posait pas la question. Si l’on ne bossait pas du matin au soir, on était une feignasse. Et c’était une idiotie sans nom.

Quels sont les défis posés par le télétravail dans le recrutement ?

Cette année, 1,1 million d’entreprises ont été créées, et ce sont les SAS qui progressent le plus. Cette hyper-compétition fait que nous aurons une hyper-compétition pour les collaborateurs.

La place du climat, de l’impact social et environnemental va devenir de plus en plus importante. Auparavant, on faisait de la performance économique (EBITDA, résultat) ; maintenant on doit avoir une performance plurielle : économique, sociétale, territoriale, environnementale et sociale, notamment par l’inclusion et le télétravail.

La transformation à 360° de l’entreprise ne peut se faire qu’en remettant du sens et de l’intérêt dans le travail pour impliquer les équipes. Allez-vous acheter un produit fabriqué par des gens de 65 ans qui se crèvent à la tâche ? On ne le voit qu’aux États-Unis.

Quelles innovations pour répondre à ces défis ?

L’innovation n’est pas une fin en soi. Je parle plutôt d’amélioration continue. Il faut savoir distinguer les produits "en temps de guerre" (focus, chiffre, urgence) et les produits "en temps de paix" (créativité, innovation, divergence). Il faut faire attention à ce que l’un ne prenne pas la place de l’autre.

"La place de l’innovation est essentielle dans l’entreprise mais il faut toujours faire attention à savoir où on la met."

Demain, le télétravail peut réduire la charge mentale, mais également amener une diversité dans le travail, dont des séances de créativité et des temps d’innovation, où que les salariés se trouvent. L’entreprise peut tout à fait dire : demain, on est chez nous, mais voilà comment on travaille ensemble.

Je travaille sur un programme d’accompagnement à distance des entrepreneurs depuis 2020 avec La Start-up est dans le pré : jusqu’à 70 entrepreneurs par atelier dans des salles numériques avec un coach qui tourne. Cela fonctionne.

Desk est une plateforme qui permet à des salariés de télétravailler : demain ils pourront y télé-créer, ou télé-exécuter. Je peux parfaitement télé-créer dans ces nouveaux environnements numériques ou hybrides, sans avoir besoin de poufs de couleur ou de post-its physiques.

En résumé : l’innovation est centrale, mais tout le monde n’a pas besoin d’en faire tous les jours. Le télétravail est une possibilité pour donner les moyens à n’importe quel salarié d’y participer selon son rythme.

Vous souhaitez plus d'informations sur Desk ?