La naissance de la grünboX, tiers-lieu et coworking à Vienne
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Par Desk
Mis à jour le 31/03/2025

La naissance de la grünboX, tiers-lieu et coworking à Vienne

Patrick Stefan Rheinert est un architecte-ingénieur franco-allemand, fondateur d’architecture4future et créateur de la grünboX à Vienne, dans la vallée de la Gère. Il a transformé durablement cette ancienne friche industrielle, qui mêle aujourd’hui logements, espace de coworking et tiers-lieu. Dans cet entretien, Patrick Stefan Rheinert revient sur les grandes étapes de cette transformation, et la place de Desk au sein de ce projet d’envergure.

Bonjour Patrick Stefan Rheinert, pouvez-vous vous présenter ?

Je suis architecte, et il y a quatre ans, j’ai créé un cabinet nommé architecture4future.

J’ai démarré cette structure très engagée en fin de carrière, pour aller plus loin dans la transition écologique que notre société doit opérer.

Je crée pour cela des exemples de transition désirable et abordable. J’ai commencé par installer notre siège social dans une tiny house urbaine : un projet extraordinaire, car c’est un garage qui est devenu un lieu de vie. Ensuite, j’ai métamorphosé une friche industrielle abandonnée depuis plus de vingt ans, qui est devenue la grünboX à Vienne : on y trouve plusieurs logements, beaucoup de nature en intérieur comme en extérieur, mon cabinet d’architecture, ainsi qu’un tiers-lieu et un espace de coworking.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers cette friche industrielle, l’ancienne usine Crétin ?

Le nom n’est pas très flatteur — « Crétin » — et beaucoup de gens m’ont pris pour un « crétin » en me disant que ça ne marcherait jamais. Le lieu présentait de nombreuses contraintes qui le rendaient indésirables : contraintes environnementales, de quartier, etc. Cependant, dans mon approche franco-allemande, je me suis dit : « Même pas peur, même pas mal ! ». J’ai foncé sur ce projet parce que j’y voyais un véritable challenge pour démontrer qu’une transition est possible, et que même des endroits qui étaient indésirables dans un monde faste peuvent devenir désirables si l’on change nos paramètres d’approche, nos croyances.

Cette friche industrielle est donc devenue la grünboX-Vienne, que vous avez conçue comme un tiers-lieu. Quel sens donnez-vous à ce terme et pourquoi avez-vous choisi cet usage pour la grünboX-Vienne ?

Pour expliquer cela, je vais définir le « 4 » de architecture4future. Pour faire des lieux aptes pour le futur, il faut réunir quatre qualités, quatre curseurs à pousser plus loin que d’habitude :

  • L’agilité : il ne faut pas qu’un lieu soit monofonctionnel. Je souhaitais un espace polyvalent, capable de s’adapter à différents usages.
  • La citoyenneté : un lieu où l’on est copropriétaires du vivre-ensemble. Les lieux n’ont pas de sens s’il n’y a pas de l’âme et un échange entre les humains. Un tiers-lieu, et notamment un espace de coworking, doit être animé par les gens.
  • La sobriété : d’abord, travailler au maximum avec l’existant, même s’il est indésirable (en friche depuis plus de vingt ans). C’est aussi la sobriété énergétique, la sobriété au niveau des matériaux, et l’économie circulaire, en faisant l’usage d’éléments issus de la déconstruction ou destinés à être jetés. Nous avons poussé cet aspect très loin pour la grünboX, au point que de nombreux visiteurs nous disent que c’est unique en France.
  • La végétalisation : en réemployant des matériaux anciens, tout n’est pas parfait (rouille, défauts, etc.). La nature, notamment à l’intérieur du bâtiment, apporte alors la « couche » qui rend tout cela bien plus supportable.

Pour la conception du tiers-lieu et de l’espace de coworking, il était important pour nous de prendre le temps de réflexion pour un nombre important d’approches différentes. Entre la date des premières esquisses en 2016 et la livraison de ces espaces aujourd’hui, neuf années sont passées. C’est un luxe en tant qu’architecte, car d’ordinaire, les clients sont toujours très pressés. Ici, j’ai pris la ressource la plus cher dans notre vie « le temps », qui est devenu en quelque sorte la 4e dimension d’un projet.

Ce temps nous a permis de bonifier le projet, qui est devenu beaucoup plus raisonnable et raisonné, dans un environnement donné, en observant attentivement les qualités et défauts du lieu, le quartier, le climat local, les précipitations, etc. Grâce à cela, le lieu n’est aujourd’hui pas seulement très économe en énergie, mais offre un confort d’été exceptionnel, en particulier dans la salle du tiers-lieu, sans recourir à des équipements techniques.

Ce qui m’intéressait également particulièrement, c’était de créer une agilité, une symbiose, une fertilisation croisée entre un espace de coworking et le tiers-lieu : une grande salle, répondant aux normes d’établissement recevant du public (ERP), polyvalente et ouverte. Elle peut servir aux co-workers de lieu pour des séminaires, expositions, mais aussi à la ville et au voisinage pour organiser des concerts, fêtes de quartier ou repas. Il y a une cuisine équipée, et la salle est très performante au niveau phonique, alors que nous avons conservé de vieux équipements comme les ponts roulants !

90 % des matériaux qui constituent cette salle sont des déchets ou proviennent de plateformes de réemploi (recycleries, plateformes, Leboncoin, etc.). Il y a une chambre suspendue au plafond, le « nid d’hirondelle », qui peut permettre à un artiste qui prépare son exposition ici, ou un musicien pour le festival Jazz à Vienne d’éviter de prendre l’hôtel.

L’espace de coworking est plutôt classique. Nous pouvons y accueillir jusqu’à douze personnes en open space, plus 2 bureaux fermés, un box de confidentialité, une petite salle de réunion, des sanitaires avec douche (pour les usages nouveaux qui se démocratisent : venir à vélo ou faire du sport entre midi et deux) et une salle de fitness attenante.

Pouvez-vous nous détailler les grandes étapes qui ont jalonné ces neuf années, de la conception jusqu’aux travaux ? Concrètement, comment avez-vous procédé et avec qui ?

C’est un projet qui a été innovant dans la façon de se réaliser. Nous avons fait appel à des start-ups, à des jeunes qui avaient changé de voie après la crise sanitaire et voulaient se faire une référence. Cela n’a pas toujours été facile, car certains manquaient d’expérience. Nous, en tant qu’architectes, étions présents sur place, et avons mené une grande partie des travaux nous-mêmes, avec l’aide de stagiaires ouvriers, venus pour apprendre le réemploi et la gestion de chantier et l’usage des outils !

C’était donc un chantier participatif, qui a évolué au fil du temps, car j’aimais l’idée d’impliquer de jeunes talents, d’étudiants en architecture ou en design. Chacun a pris en charge un sujet innovant depuis la conception jusqu’à la réalisation. Par exemple, un étudiant a proposé d’accrocher la chambre au plafond : j’ai dit « bingo ! », et nous avons concrétisé le nid d’hirondelle.
Une autre étudiante en architecture d’intérieur a travaillé avec les chutes des déchets qui nous ont permit de faire les paroies acoustiques de la salle Tiers-Lieu, elle en a fait une mosaïque de revêtement mural dans les sanitaires. Le résultat est superbe, encore plus beau que la salle !

Il y a une fierté partagée, et le résultat épate les visiteurs : nous avons organisé deux événements-tests : un concert pour Jazz à Vienne l’été dernier, et plus récemment nous avons invité le quartier à l’ouverture du Beaujolais Nouveau.

Nous avons installé une sonorisation épatante, composée elle aussi de matériel de réemploi : de vieux amplificateurs, haut-parleurs !

Vous avez mentionné la végétalisation et la sobriété : 90 % de réemploi, faible consommation d’énergie… Pouvez-vous nous en dire plus sur ces choix environnementaux et les challenges qu’ils ont engendrés ?

J’avais l’avantage d’être à la fois maître d’ouvrage et architecte. J’ai pu assumer certaines décisions qui sortaient des sentiers battus, même si elles n’étaient pas toujours du goût des bureaux de contrôle. Bien sûr, il ne faut créer aucun danger, mais il faut faire preuve de courage civique : oser, expérimenter, construire pour le futur.

Aujourd’hui, alors que les lieux sont en finition, je souhaite transmettre ce « virus » aux acteurs qui viendront : occupants du coworking, participants aux événements dans le tiers-lieu, etc. J’expliquerai la démarche, et le résultat : une tonne de CO₂ évitée par mètre carré par rapport à une construction traditionnelle du même volume. C’est énorme, et le résultat final est plus que désirable, car contribue à changer l’image du quartier.

En ce moment, nous aménageons une serre dans un grand bureau partagé — la « salle des geeks ». Il y aura une serre intérieure, éclairée par des LEDs horticoles, pour faire pousser toutes sortes de plantes (du moins celles qui sont autorisées !).
C’est un joli symbole de cohabitation entre l’humain et la nature.

Vous proposez donc des espaces de coworking, open space et bureaux fermés. À qui s’adressent-ils ? Comment voyez-vous la vie de ces espaces de travail ?

Je suis convaincu que cela va très bien fonctionner. J’ai déjà trouvé la marraine de l’espace de coworking, qui est contractant général dans le bâtiment. Dans son travail, elle fait appel à de jeunes entrepreneurs, qui pourront être proches d’elle : cela augmente sa réactivité pour étudier des projet et établir des prix, sans perte d’information.

Je vois aussi un entrepreneur dans les énergies renouvelables, qui profite d’une place nomade au quotidien, et qui pourra bénéficier du tiers-lieu pour un prix modique pour organiser un événement, une exposition et faire venir ses clients et prospects. Cela offre une belle vitrine professionnelle, d’entreprise ancrée.

Anecdote amusante : pour les concerts dans le tiers-lieu, une clause indique que les habitants des duplex au-dessus sont toujours invités ! C’était un plus dans le bail d’habitation, et chaque visite s’est concrétisée par une signature. Il y aura des usages croisés, par exemple la salle de fitness sera à disposition à la fois des habitants et des coworkers. C’est très stimulant.

Pour vos espaces de coworking et votre tiers-lieu, vous vous êtes équipés du logiciel de gestion Desk. En quoi vous est-il utile ?

Nous avons fait une étude de marché, car c’est un engagement à long terme, un peu comme un mariage ! Nous sommes allés dans le détail, au-delà des présentations. Mon fils s’en est chargé, et nous sommes très vites tombés d’accord sur le fait que Desk était le meilleur partenaire. Depuis, Desk nous a accompagné brillamment dans cette aventure. Nous avons trouvé un très bon conseil pour la mise en place, et une très bonne oreille pour tenir compte des spécificités de la programmation de l’espace et des annonces. Le grand avantage, c’est la facilité pour tous, pour s’inscrire et payer. Je préfère être un bon voisin qu’un propriétaire pas content ! Avec la facturation automatique, nous ne passons pas notre temps à courir après les règlements, ce qui contribue à préserver des relations sereines.

Cette horizontalité dans les rapports, grâce à l’externalisation de la gestion juridique et contractuelle, me paraît essentielle. Avec plus de cent espaces utilisateurs Desk, c’est aussi une très belle opportunité de faire partie du réseau et d’y être relié. Aujourd’hui, les gens se déplacent beaucoup et ont des marchés qui s’ouvrent sur d’autres territoires. Enfin, il faut souligner l’aspect économique. Je suis à la tête d’une start-up, et développer la grünboX à côté ne doit pas être une aventure financière. En plus nous n’avions pas les moyens de développer un logiciel et le temps d’élaborer un site internet sur mesure. En plus nous ne sommes pas de professionnels de la location de bureaux. Nous avons fait le bon choix économique avec Desk. Merci !

Comment envisagez-vous l’avenir de la grünboX Vienne pour les prochaines années ?

Des conteneurs maritimes vont être installés en pignon de la grünboX et enveloppés de végétation dès cette année, et former un espace agile entre une TinyHouseUrbaine et l’espace pour entreprise avec une offre d’Airbnb insolite. Notre objectif est de nous faire connaître en tant qu’architecte d‘un monde nouveau. Le coworking et le tiers-lieu doivent d’abord être des démonstrateurs de notre approche et savoir-faire pour « contaminer » ceux et celles qui pensent qu’un monde sans croissance n’est pas possible. Dans cet objectif « architecture4future » a réalisé ces deux démonstrateurs de « TinyHouseUrbaine » et la grünboX-Vienne.

Le projet a déjà rencontré un franc succès : prix du Plan Climat de l’agglomération Vienne-Condrieu en 2024 et le deuxième prix international des Smart Cities du journal Le Monde. Que cela représente-t-il pour vous et votre équipe ?

Cela montre que nous sommes sur le bon chemin. Mais il reste énormément à faire pour l’humanité et les dirigeants politiques souvent trop noyés dans les objectifs à court terme et n’arrivant pas de mettre le changement climatique en haut de leur agenda pour respecter les engagements pris par les États comme celui de la COP21. Pour cela il faut davantage impliquer les citoyens en tant qu’acteurs et développer de divulguer des exemples positifs !

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